Jour 8 : PANNA NP – VANARASI
Départ à 8h. le chauffeur nous attend de pied ferme car nous avons une longue journée de route jusqu’à Varanasi (Bénarès). Il y a en effet 370 kms à parcourir et la chaussée est dans un état épouvantable pendant toute la première partie du trajet. Au bout d’une bonne centaine de kilomètres nous arrivons à une sorte d’autoroute, une quatre voies à péage, assez défoncée mais plus roulable. Je suis devant, à côté du chauffeur et essaie de prendre quelques photos. Il y a beaucoup de champs. La moisson du riz est en cours (et les brûlis suivent). Le ciel est gris, brumeux, on ne sait pas si cela est dû à la météo ou aux feux. Il y a quelques engins type moissonneuse, mais la plupart des gens coupent le riz à la main et font de petits tas dans les champs qui sont ensuite rassemblés en grosses meules.
Sur la route il y a de très nombreux camions, souvent très décorés, des bus qui semblent tenir debout par l’opération du Saint-Esprit et dont les conducteurs méprisent ouvertement le code de la route, des voitures, des chiens, des vaches, des vélos, des rickshaws et des piétons. Un certain nombre de conducteurs ne respectent même pas le sens de circulation et roulent à contre-sens sur une quatre-voies avec terre-plein central ! Les vaches sont couchées à même la chaussée, même sur la quatre voies où elles sont quasi prisonnières des barrières. On remarque parfois un cadavre car certaines doivent se faire percuter par les camions, toutes sacrées qu’elles soient ! Les maisons sont souvent assez misérables, faites avec quelques planches de guingois. Même lorsqu’elles sont en dur, elles sont rongées par l’humidité (murs délabrés, peintures écaillées). Nous changeons d’État et passons dans l’Uttar Pradesh.
Le chauffeur est visiblement pressé d’arriver. Il n’arrête pas de dire qu’une fois à Bénarès, il aura fait son taff et qu’il repart pour Delhi. On aurait bien prévu une pause pour se dégourdir les jambes et pour qu’il se repose un peu mais nous n’avons droit qu’à deux arrêts pipi de 5 minutes et nous arrivons à destination vers 15h après pratiquement 7 heures de voiture !
Notre guesthouse, la Shiva Gange View, est au bord du Gange. On ne peut y accéder en voiture. Deux employés de l’hôtel viennent nous chercher à pied et nous accompagnent via un dédale de petites rues étroites jusqu’à l’établissement. On nous installe au dernier étage, dans deux grandes chambres. Les fenêtres n’ouvrent pas à cause des macaques qui courent un peu partout sur les toits, mais nous avons accès à une terrasse avec une très belle vue sur le Gange. Des gamins jouent au cerf-volant sur les terrasses et les singes sautent d’une maison à l’autre, en vrais maîtres de la ville. Certaines terrasses où les habitants ont quelques plantations sont complètement encagées de grillages.
Varanasi est l’une des villes les plus sacrées de l’hindouisme. Les pèlerins y viennent en nombre pour se laver de leurs pêchés, assister à la crémation de leurs proches ou même pour y mourir, en espérant ainsi être libéré du cycle des réincarnations. C’est la ville de Shiva (c’est de là qu’il s’élança vers le ciel sous la forme d’une colonne de lumière) et également celle de Ganga, la déesse du Gange.
Dans la mythologie hindoue, il existe trois dieux principaux : Brahma, Vishnou et Shiva. Ce sont eux qui ont créé le monde. Brahma est le créateur, Shiva est le destructeur et Vishnou le mainteneur. Shiva est représenté comme un ascète nu drapé dans une peau de bête, avec un cobra autour du cou. Il porte également un trident, un bol à aumônes, une hache et souvent un animal à cornes car il est le seigneur du bétail. Il a une sorte de chignon sur la tête dans lequel est emprisonnée une petite figure féminine qui crache de l’eau, c’est Ganga la déesse du Gange. Ganga est une jeune déesse insupportable qui vit dans le ciel. Pour faire simple, elle est sollicitée par un certain Bhagitat pour purifier et ressusciter ses oncles. Ganga accepte mais menace d’inonder la terre. Shiva va donc se tenir debout sous le ciel et Ganga en sautant va tomber dans son chignon. Une partie des eaux coulent sur les épaules de Shiva et se transforment en fleuve, le Gange. Shiva est un dieu ascétique mais il est marié. Il épouse Sati, la petite fille de Brahma. Mais le père de Sati est contre ce mariage et chasse son beau-fils. Sati ne le supporte pas et s’immole par le feu. Shiva est désespéré et inconsolable. Vishnou envoie sa sœur Parvati pour séduire Shiva. Pour cela, elle entre en méditation et se transforme en arbre. Il finit par s’intéresser à elle et à l’épouser. Le couple Shiva-Parati est célèbre et est très représenté dans l’iconographie hindou.
Première promenade le long des ghâts, ces escaliers qui descendent jusqu’au fleuve et permettent aux gens de faire leurs ablutions, lessives et cérémonies diverses. L’ambiance est très particulière. Notre hôtel est situé au sommet des escaliers qui surplombent le Mansarovar Ghât. Nous nous promenons le long du fleuve en passant de ghât et ghât (plus de 80 ghâts bordent le fleuve sur une distance de quelques kilomètres, deux d’entre eux sont réservés aux crémations).
Au niveau du Dashashwamedh Ghât, nous assistons à une partie de la cérémonie du ganga aarti, un rituel quotidien en l’honneur de la déesse Ganga. On allume des lampes et des bougies en l’honneur de la déesse. Les prêtres portent des objets qui symbolisent les cinq éléments : une diya (lampe à plusieurs niveaux pour le feu), des pétales de fleurs pour la terre, de l’eau du Gange, une queue de yak pour l’éther et une plume de paon pour l’air. La cérémonie est accompagnée de chants, de musique et de sons de cloches. La foule est tassée sur les escaliers ou sur des bateaux qui font face aux prêtes récitants. La grande majorité des spectateurs sont des Indiens (même si on aperçoit de ci de là quelques occidentaux perdus dans la masse). Toutes ces gesticulations avec des bougies sont sympathiques mais un peu longues à notre goût et nous poursuivons notre chemin. Il y a d’ailleurs des cérémonies plus confidentielles un peu partout le long des ghâts.
A noter qu’il y a également de très jolis bâtiments le long du fleuve, palais, forts, anciennes havelis. Dîner à l’hôtel. Il est tenu par un couple âgé et la cuisine est familiale. Ici il n’y a pas d’alcool et la cuisine est uniquement végétarienne. Tout est excellent : croquettes aux oignons, paneer, dahl, aubergines, nans à l’ail. Très bonne soirée.
Nuit au Shiva Gange View, Varanasi






































